Narilata

Repaire de l'Ordre de Narilata

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Livre Premier : Abatarn

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1Livre Premier : Abatarn Empty Livre Premier : Abatarn le Lun 2 Avr - 20:35

Oriyel

Oriyel
Emeralata
Un bruissement. L’écorce. La senteur persistante du vert. Tannique. Le bourdonnement des insectes.  La brise, tiède...dans les ramures.
La lumière se couche en myriades sur l’épais feuillage, après avoir plongé des hautes cimes.  

Une goutte de sueur roule sur ma tempe. L'inquiétude darde sa lame contre ma poitrine.

Le jour s’assombrit.

Un flot de questions me submerge.

Mon regard scrute les alentours.

Je sens une présence...

J’aimerais me retourner mais je n’en ai pas la force. J’éprouve à peine ma propre existence. Mes lèvres semblent esquisser un mouvement, imperceptible, muet...

J’ignore quel est cet endroit. En mon cœur il m’est pourtant familier…

Une lourdeur considérable s’empare de mon être, je bascule lentement, la nuque en arrière. Enveloppée d’une torpeur infinie, mon corps disparait dans l'ombre insondable d'un puit...

Un bourdonnement. Dense. Ma chute s’accélère. Les sons deviennent de plus en plus perceptibles jusqu'à se muer en brouahah. L'angoisse m'étreint...

Soudain, mes muscles se contractent. La matière.

L’espace d’une seconde, j’ai cru toucher terre une dernière fois et mourir. Mais ce n’est pas la terre…

Sous mes doigts crispés, du tissu. Si ce n'est doux, confortable. Sous mon corps transi, un moelleux relatif. Devant mes yeux, une toile tendue ondulant au grès de la brise.

"Rassemblement !"

La voix du général Thoron. Cyrodiil. Un soupir s'échappe de mes lèvres. Soulagement et incompréhension se mêlent. Ce rêve...

"Lieutenant!"

Thoron fait irruption et me lance un regard transperçant de l'embrasure de la tente. "La sieste est finie! m'assène-t-il d'un timbre court et sec. Des éclaireurs ont repérés des mouvements de troupes ennemies aux abords de Crins-de-sang."

"Oui Général."
Répondis-je en sautant sur mes pieds.

"Le grand seigneur de guerre Sorcalin à dépêché des troupes à la Porte pour défendre le Parchemin et a envoyé des renforts de sièges au Fort. De votre côté, prenez une escouade et faite ce qu'il faut..."

Nous échangeons alors un regard entendu...  

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2Livre Premier : Abatarn Empty Re: Livre Premier : Abatarn le Dim 8 Avr - 20:46

Oriyel

Oriyel
Emeralata
Thoron quitte la tente, au même instant un écuyer entre pour m'aider à ajuster les attaches de mon armure.
Je sors prestement. Devant moi se tiennent cinq soldats qui se mettent immédiatement au garde à vous. Je ne les connais pas et n'ai encore jamais combattu à leurs côtés. Je vois rarement les mêmes visages...

Le temps presse mais je m'accorde un moment pour connaître les membres de mon escouade. Il n'y a rien de pire à mes yeux qu'un gradé qui ne prend pas la peine de considérer ses soldats, même pas une minute. Si l'or est le nerf de la guerre, le moral en est le cœur.

Je fais quelques pas devant eux avant de m'arrêter, calant mes mains dans le bas de mon dos.

"Soldats, présentez-vous de droite à gauche. Je veux votre nom et votre spécialité."

"Lieutenant, fit la première en me faisant un respectueux signe de tête. Ashini est lame noire tireuse d'élite."

Le second, un altmer particulièrement grand. "Malliril, chevalier dragon maître du bouclier, mon Lieutenant."

Le troisième, un autre altmer à l'armure étincellante. "Lieutenant. Araennen, templier soigneur."

La quatrième, une silhouette filiforme. "Mon Lieutenant, Badhanaa est maîtresse de l'Ombre à votre service."

"Lieutenant, je suis Galir, chevalier pourfendeur." me lance un homologue Bosmer me désignant une épée elfique à deux mains quasiment aussi grande que lui.

Les connaisseurs de la forge elfique savent qu'il n'existe ni plus tranchant, ni plus léger. Je hoche la tête en signe d'approbation.

"Tu es le plus gradé, tu seras donc mon second." dis-je emboîtant le pas vers les écuries. "En avant!"

La chevauchée fut de courte durée. Mon escouade mit pied à terre.

"Badhanaa et Ashini, partez en éclaireuses. Je veux que vous ratissiez la zone et que vous me les débusquiez."

Les deux Khajiits filent comme le vent, l'une vers l'ouest, l'autre vers le nord. Non loin, je sens les hautes murailles de Crins-de-sang vibrer d'effervescence. Les ballistes enflammées et les catapules de pierres sont en position. Le jour décline. Entre chien-et-loup, le moment idéal pour tendre une embuscade... Plus de jour, point de nuit encore, la vision est troublée, imprécise.

Nous dominons la vallée, à l'abris de quelques arbres et rochers. Je plisse les yeux, accentuant la portée de ma vision.

"Restez en alerte, nous devons réagir au moindre signe."

Un moment s'écoule avant que l'un de mes soldats brise le silence.

"Lieutenant!" fais Galir en humant l'air comme un animal sauvage. "Ca approche!".

Je jette un coup d’œil à mon Sergent. Il fulmine sous son armure d'os et de cuir. Quelque chose me dit que je peux me fier totalement à son odorat de chasseur, sûrement plus développé que le miens, moi qui n'ai jamais voulu respecté les préceptes du Pacte Vert et ce qu'ils impliquent...

A cet instant, un hululement discret se fait entendre. C'est le code de reconnaissance. Une des éclaireuse est revenue. Badhanna réapparaît soudain près de moi. Je recule d'un pas, ma main se porte instinctivement vers ma dague puis se ravise au dernier moment, je laisse échapper un soupir agacé...bien que moi-même, je dois l'avouer, je suis friande de ce genre de tour.

"Badhanaa n'à rien trouvé au nord."

"Ne sors plus de nulle part comme ça, j'ai failli t'écorcher, soldat." ordonnais-je.

L'éclaireuse, confuse, baissa les yeux et marmonna une excuse.

"Où est passée Ashini?"

Je jette un regard au lointain, vers l'Ouest. Le fort est bien gardé mais rien ne semble venir.

"Pars à l'Est et remonte vers le pont qui mène à Malard, hâte-toi."

La lame noire s'exécute. Je me retourne vers mon second.

"Galir, d'où viennent-ils?"

Il fronce les sourcils derrière son casque cornu.

"Dur à dire Lieutenant...j'ai l'impression que ça vient de partout..."

Les soldats échangent un regard inquiet. Chaque minute est interminable.
Soudain, un hululement retentit. Ashini est de retour. Elle court jusqu'à nous, et pose un genoux à terre, essoufflée.

"Ashini les as trouvés...des troupes de Daguefilante...dans une ruine Ayléide..."

"Combien?"

"Plus d'une centaine...Ashini a vu des armes de sièges..."

"Chevauche jusqu'à Crins-de-sang, préviens notre armée et retrouve nous au sud des ruines!"

La Khajiit enfourche sa monture et part bride abbatue vers le Fort.

"Lieutenant, que faisons nous pour Badhanaa?" interroge Galir.

"Nous attendons..."

Je scrute l'Est avec intensité quand un son inhabituel vient troubler ma concentration. Le Sergent respire bruyamment, tapis dans les herbes.

"Lieutenant, je sens quelque chose!"

"Quoi?"

"Juste au sud de notre position!"

Un hululement distinct se fait entendre.

"Lieutenant, lieutenant! Badhanaa les as vus, ils marchent sur la scierie, le Pacte!"

Mes yeux s'écarquillent...Comment allons-nous réussir à tenir Crins-de-sang contre nos deux ennemis réunis...

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3Livre Premier : Abatarn Empty Re: Livre Premier : Abatarn le Sam 14 Avr - 18:17

Oriyel

Oriyel
Emeralata
Tous les regards convergent vers moi. J’inspire profondément et me tourne vers la Khajiit.

« Badhanaa, combien sont-ils ? »

« Une petite quinzaine mon Lieutenant. »

« N’as-tu rien vu d’autre ? » Elle secoue la tête. « En es-tu certaine ? »

« Badhanaa en est sûre, aussi loin que porte son regard. »

Je hoche la tête. J’ai ma réponse. Les probabilités semblent plus élevées qu’il ne s’agisse que d’une troupe de pillards du Pacte sans réelle discipline militaire. Je connais suffisamment les nordiques pour être au fait de leurs penchants pour les saccages.

Quoiqu’il en soit, je dois faire un choix. Je ne peux me permettre d’envoyer un soldat de plus quérir du renfort. Ils sont trois plus nombreux que nous, mais nous avons l’avantage de la surprise.

Je scrute la scierie et sans la lâcher des yeux j’édicte mes instructions.

« Nous allons faire regretter au Pacte cette incursion...»

Mes ordres donnés à chacun de mes soldats, nous filons accompagnés des ombres de la nuit naissante. Une brise fraîche caresse mon visage. A mesure que j’avance, ma respiration se synchronise sur mes pas, mes sens s'aiguisent. Chaque bruissement de feuilles, chaque crissement de botte sur l’herbe fraîche d’Ondepluie, chaque bourdonnement de Flammouche s’amplifie. Je pose un genoux à terre, tapis près d’un bosquet, mes doigts rencontrent la terre fraîche. Une vibration. Ils approchent. Bientôt, je perçois le souffle puissant des chevaux. Si leur chevauchée est aussi longue que je le pense, les plus faibles montures seront à la traîne…

J’avance, tel un senche guettant sa proie inconsciente du danger. La troupe est là, flanquée de nordiques en armure d’acier, massifs et sauvages, plantant vigoureusement leurs talons dans les flancs de leurs destriers. Les premiers pillards me dépassent. Un peu plus loin, trois d’entre eux sont à la traîne. Une épaisse écume coule de la bouche de leurs montures. Elles sont harassées…

Soudain, un des cavalier tombe comme une pierre dans un cri rauque, raide mort. Le second tourne à peine la tête que Badhanaa sort des ténèbres et le désarçonne à son tour. Le nordique chute lourdement sur le dos tandis que son agresseuse roule aisément sur le sol avant de se jeter sur sa victime. Deux lames brillantes étincellent dans la nuit puis s’abattent à plusieurs reprises.

Mes doigts glissent le long de la hampe d’une flèche. Le guerrier qui n’a rien entendu derrière lui arrive bientôt à ma hauteur. Il est vêtu d’une armure de barbare faite de lanières de cuirs et d’éléments d’aciers ajourés. Son casque laisse a découvert sa gorge. Je bande mon arc, cale ma respiration sur celle de sa monture afin d’épouser les mouvements de sa course. La flèche fend l’air dans un sifflement. Elle passe juste devant les yeux du cheval, griffant superficiellement son chanfrein mais assez pour que la bête se cabre violemment, surprenant son cavalier qui tombe en arrière. Je bande à nouveau mon arc avant même qu’il ne touche terre et décoche. La pointe s’enfonce dans sa chair et le transperce de part en part. Il s’écroule dans un hoquet sanglant.
Badhanna sort de l’ombre et se penche sur l'humain. Je m’approche, la main sur ma dague.
Les doigts crispés sur sa gorge ensanglantée, il nous regarde, essayant de parler mais sans y parvenir. Je fronce un sourcil, étant habituée a bien plus de combativité.  

« La jugulaire est touchée, Badhanaa pense que le nordique n’en a pas pour très longtemps. »

Je remarque qu’il s’est aussi brisé le dos sur une pierre saillante.

« Achève-le. Plus vite il rejoindra Sovngarde, mieux ce sera. »

Il esquisse un sourire de délivrance au moment ou l’acier froid lui ouvre les portes de son paradis.

Un peu plus loin vers la scierie, une lueur aveuglante déchire la nuit. Araennen à lancé la seconde phase de l’attaque...

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4Livre Premier : Abatarn Empty Re: Livre Premier : Abatarn le Lun 23 Avr - 19:48

Oriyel

Oriyel
Emeralata
A notre arrivée, j’aperçois mon sergent et mon templier accompagnés des gardes de la scierie en combat contre une petite dizaine d’ennemis. Encore aucun signe de Malliril. Le temps presse. J’ignore combien de temps ils pourront tenir, les gardes affectés à nos points stratégiques ne sont pas des combattants aguerris.

Nous nous dissimulons dans les angles sombres des bâtiments, l’une face à l’autre à quelques mètres de distance, une main posée au sol. Le fracas des armes et des cris retentissent de l’autre côté. Soudain, des pas précipités approchent. C’est le chevalier dragon, haletant sous son casque, suivi de près par trois nordiques brandissant leurs haches au dessus de leurs têtes.

« Reviens, fuyard ! Lâche ! » éructe l’un d’eux.

Malliril passe devant nous comme le vent. Je capte le regard de Badhanaa, et lève ma main gauche dont trois doigts sont relevés. Je décompte en faisant bouger mes lèvres, sans un mot.

Majeur replié. Trois. Index replié. Deux. Pouce replié. Un.

Nos mains agrippent fermement la corde dissimulée dans l’herbe et nous tirons de toutes nos forces de part et d’autre. Dans la nuit, les nordiques distinguent à peine l’ombre d’une ligne se lever à hauteur de leurs tibias. Ils s’écroulent de tout leur long, mordant la terre du Domaine. Leurs casques roulent au sol.

Je me jette sur l’humain le plus proche, dagues en avant et lui transperce la gorge avant même qu’il n’ai eu le temps de se redresser. Malliril charge tandis que Badhanaa se débarrasse du second. Un coup de botte dans le nez suivi d’un coup d’estoc dans le crâne à raison du dernier.

Le combat fait rage au milieu de la scierie, plus de temps à perdre. Nous chargeons. La khajiit disparaît dans les ombres tandis que le chevalier au bouclier lance un cri et fonce dans la mêlée.

Je me faufile à l’étage d’un bâtiment pour prendre de la hauteur. L’arc à la main, j’observe de mon perchoir. Galir est blessé, une longue ligne de sang lui raye le bras gauche. Tous les soldats de la scierie sont tombés mais nous sommes quasiment à armes égales désormais.

Trois ennemis jonchent le sol. L’escarmouche se poursuit sur les cadavres des combattants. Une fois encore, les nordiques font face à trois d’entre nous. Araennen, Galir et Malliril se regroupent dos à dos tandis que les six nordiques encore debout les encerclent.  

« Vous êtes faits comme des rats ! » aboie un homme à la barbe tachée de sang.

Un autre crache par terre avec dédain faisant tournoyer son arme au dessus de sa tête.

Ils avancent pas à pas quand l’un d’eux s’arrête soudainement.

« Attendez, où sont les autres ?! » les cherchant du regard.

« Ils sont aux trousses du déserteur chef, finissons-en ! » lance le troisième, agacé.

A cet instant, ma flèche transperce le poignet qui tient la hache tournoyante, arrachant un cri de douleurs au guerrier qui la lâche. Au même moment, Badhannaa sort de l’ombre et poignarde le cracheur.
La confusion s’empare des rangs ennemis.  

« ALERTE ! »

Les trois elfes chargent le chef comme un seul homme. Mes flèches sifflent au milieu du combat, ricochant sur les armures, traçant des sillons de sang, perçant les chairs. Les lames s’entrechoquent, les corps se heurtent dans un vacarme assourdissant. Un nuage de poussière se lève peu à peu, enveloppant le combat d’une brume épaisse.

L’usage de l’arc est trop hasardeux désormais. Me fondant dans la nuit, je rejoins mes compagnons, enjambant les corps uns à uns.

Un cris. Le bruit d’une lame qu’on extrait. Enfoncée dans la peau, frottant contre une armure transpercée.
La scène se fige. La poussière volante retombe tranquillement.

Un, deux...trois...et quatre.

Ils sont tous là. Je passe devant chacun d’eux, m’assurant d’un regard qu’ils vont bien. Malliril reprend bruyamment son souffle, essuyant sa lame sur le pantalon du chef nordique. Le visage de Badhanaa est couvert de sang, du sang ennemi a n’en pas douter, elle s’active déjà à leur faire les poches ; quant à Araennen et mon sergent, je les retrouve un peu à l’écart. Le genoux de ce dernier à terre, le Bosmer semble mal en point. Un filet de sang coule le long de son plastron osseux.

Le templier se tourne vers moi. « Lieutenant, ses blessures sont trop profondes, nous devons le ramener au Fort. »

« J’ai juste besoin d’un bandage mon Lieutenant, je peux repartir. »

J’examine son armure, brisée en deux par un lourd coup de hache au niveau des côtes.

« Sûrement pas Sergent. Tu perds beaucoup trop de sang.»

L’état inquiétant de Galir nous retire toute envie de nous féliciter de cette victoire, d’autant que nous avons un autre combat a mener, à l’Ouest. Un combat d’une toute autre envergure.

Nous le ramenons prestement au fort et le confions aux bons soins des mages.
Alors que nous étions aux prises avec les hommes du Dragon, la défense s’est mise en place. Les remparts sont hérissés d’armes de siège. Dans la cours, les soldats sont concentrés et silencieux. Seul les officiers troublent la quiétude en donnant leurs ordres d'une voix forte.

Bride abattue, nous chevauchons vers l'Ouest en direction d'Ashini...

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5Livre Premier : Abatarn Empty Re: Livre Premier : Abatarn le Mar 24 Avr - 17:23

Oriyel

Oriyel
Emeralata
Nous trouvons la Khajiit, tapie au sommet d’un vallon partiellement boisé. Dés notre arrivée elle nous fait signe d’approcher, visiblement inquiète.

« Vite, vite ! Regardez ! » désignant une ruine ayléide investie par les combattants du Lion.

Mettant genoux à terre, aux côtés de l’éclaireuse « Nous avons eu un léger contre-temps... »

« Ils sont prêts à l’attaque ! »

Je m’étend au sol et scrute les forces ennemies. Nombreuses. En bataillons serrés ils entament leur marche sur Crins-de-sang. Derrière le gros des troupes, des engins de siège sont prêts à être poussés jusqu’au fort.

Les stratégies possibles fusent dans mon esprit. Je n’ai pas le temps. Encore moins de temps qu’à la scierie. Il faut agir et vite. Trouver un plan.

« As-tu vu autre chose qui pourrait nous être utile ? »

« Ashini a repéré un camp avancé au bout des ruines. Ils ont aussi du ravitaillement pour plusieurs jours surveillé par une dizaine de gardes. »

D’un ton directif. «  Badhanaa et Araennen vous agirez en premier. Brûlez les engins de siège. Dés que l’ennemi aura repéré l’incendie, il se précipitera pour l’éteindre et tenter de vous débusquer. Vous vous metterez à couvert, pas d’affrontement direct. Pendant ce temps, Ashinii et Malliril auront le temps de lancer la seconde phase du plan. » désigne les caisses de ravitaillement au loin. « Vous brûlerez toutes les réserves que vous pouvez et vous contournerez les ruines par le sud pour revenir ici. » Une pause. « Des questions ? »

« Et vous Lieutenant ? » interroge le chevalier.

« Ralliement ici. Si je ne suis pas là à votre arrivée, partez à Crin-de-sang, je vous suivrais de près. »
Je hoche la tête avec conviction, mettant fin à la discussion malgré les réticences évidentes de mes soldats.

Le premier groupe disparaît derrière les lignes ennemies, suivi du second qui se terre à l’abri de lourds blocs de pierres taillés, attendant le départ du feu.

Je quitte ma position et disparaît dans l’ombre. A mesure que j’approche des ruines ayléides, mon cœur se serre et une sourde colère m’étreint. Cette ruine est majestueuse et dégage une énergie à la fois calme et puissante. Voir ces soldats profaner un tel site est impardonnable…

Un souffle froid glisse sur ma nuque. Je me fige dans ma course, me retourne, m’accroupis en dégainant mes armes. Un instant s’écoule. Aucun bruit, aucun mouvement si ce n’est la ronde d’un garde a quelques mètres.

Je me concentre. Attentive a ses moindres gestes. Au poids de ses pas. A la nature de ses armes. Aux éventuelles failles dans son armure où pourront se glisser mes lames.
Un peu plus loin, un autre garde sort d’une tente, les yeux vitreux. Juste en face de ma victime qui a calé son dos contre une grande colonne de pierre blanche.

« Hey, Grantham, tu veux du vin ? » lance le premier, agitant une bouteille a moitié pleine au hauteur de son visage.

Il se redresse. « Oh, tu en as trouvé ?! »

« Un peu que j’en ai trouvé ! Marre de cette flotte, c’est bon pour les chèvres ! » lance-t-il en pointant du doigt des barils empilés.

L’éméché ricane en titubant jusqu’à lui. Un Orc à la peau brune, doté de deux crocs pointés comme des stalagmites. Ses lèvres épaisses sont rougies pas le vin. Il donne une tape brusque sur l’épaule de son acolyte qui vacille en avant. L’Orc éclate de rire.

« Tiens freluquet, bois ça ! »

Le Bréton s’exécute, engloutissant deux grandes lampées du breuvage sous le regard ivre de la brute. Il s’essuie la bouche, laissant quelques gouttes de vin souiller la pierre immaculée.

Bondissant comme un lion, j’écrase les pommeaux de mes dagues sur leurs crânes qui s’entrechoquent dans un craquement sinistre. Le Bréton chancelle, porte la main a sa tête. Ses lèvres s’entrouvrent, laissant s’échapper le début d’un cri qu’il n’aura pas le temps de terminer. La tranchant de ma dague s’abat contre sa gorge, lui sectionnant net les cordes vocales et le larynx. Les yeux écarquillés d’horreur il porte les mains à sa plaie ensanglantée et s’écroule sur le dos.

Deux grosses mains gantées se posent lourdement sur mes épaules et me projettent maladroitement au sol. D’une roulade habile je me retrouve sur mes pieds, tire de ma ceinture une petite lame courbe que je lui lance au visage. Les réflexes amoindris par l’alcool, l’Orc parvient néanmoins à ébaucher un mouvement de tête. La pointe de l’arme lui découpe la joue. Il lâche un râle. Sans perdre une seconde je fonce sur lui, frontalement. Il dégaine sa hache et arme son bras pour me fendre en deux. L’arme file tout droit sur moi, à la dernière seconde je plonge entre ses jambes, mon dos glisse sur l’herbe grasse, sa hache continue sa course effrénée. Ne rencontrant pas l’obstacle escompté elle se plante en plein dans sa genouillère qui se déforme dans un bruit métallique. Le souffle coupé par la douleur l’Orc prend appuis maladroitement sur sa jambe valide.

L’arrière et les parties latérales des armures sont souvent l’endroit le plus vulnérable, là où se trouvent les liens de cuirs tenant l’ensemble de chacune des pièces. D’un geste sec et précis le fil de ma dague tranche l’arrière de son genoux, entamant son artère.

Il fléchis les jambes, grognant de douleur. D’un mouvement, ma dague caresse sa gorge dessinant un large sourire rougeoyant. Il s’écroule dans un gargouillis, face contre terre.

Sans perdre une seconde je me précipite sur la réserve d’eau et la libère de son contenu. Une flaque immense se forme sur le sol déversant des litres ruisselants...Sur le liquide répandu, une couleur rougeoyante se reflète...A l’Est, le feu! Badhanaa et Araennen ont réussi. Les flammes dévorent les hauts trébuchets du Lion.
Des cris d’alerte retentissent dans le camp. Je saute derrière un bloc. Le fer des bottes se rapprochent.

« L’EAU ! LES RÉSERVES SUD ONT ÉTÉ SABOTÉES ! »

Je me faufile entre les ruines, vers l’Ouest.

« ALEERRTE ! DES MORTS ! »

Ils ont vus les cadavres.
Une chaleur brûlante remonte le long de mon dos. Le feu s’est étendu aux réserves et dévore maintenant les tentes qui s'effilochent dans le vent.
Les soldats du Lion courent en tout sens comme des fourmis paniquées au milieu de leur fourmilière en flamme.

La camp avancé est désert.

Un sous-officier éructe des ordres aux soldats qui ne savent plus où donner de la tête, dépassés par l’ampleur du carnage.

Je m’introduis discrètement sous la tente. Là, des bandages, des potions, des onguents. De quoi soigner les blessés tombés au front.
Mes doigts glissent dans la sacoche accrochée à ma ceinture. J’en sors une fiole au contenu incolore et inodore que je déverse goutte à goutte dans chaque préparation.
Soudain, un nouveau souffle froid glisse contre ma nuque, je fais volte-face. Personne. Mon cœur s’emballe. Quelque chose guette, je le sens. Mes poils se hérissent. Je termine rapidement le sabotage de leurs fournitures quand une lueur bleue apparaît derrière moi. Son reflet danse sur le métal d’un bouclier du Lion.
Mes doigts se referment lentement sur le pommeau de mes dagues.
A l’instant où je me redresse une pointe acérée s’enfonce dans mon épaule me projetant au sol. Je lâche une plainte rauque. Des pas se précipitent sur moi, je me retourne vivement, propulsant ma dague droit sur la menace. Un soldat s’affaisse de tout son poids sur moi, mon arme plantée dans le front. Le poids de son corps en armure écrase ma cage thoracique, je peine a respirer, j’halète. Mes yeux cherchent en tout sens une solution pour me dégager quand j’aperçois la silhouette d’un archer ennemi se rapprocher.
Je pousse de mon seul bras valide le cadavre qui m’entrave sans réussir a me dégager. L’humain approche, la bouche tordue d’un rictus mauvais et revanchard. Il se penche au dessus de moi et pose un genoux pesant sur le cadavre de son camarade.
Je serre les dents. Mon inspiration devient sifflante. Il ne me quitte pas des yeux. Prenant un malin plaisir à me regarder m’étouffer.
Je perds pieds...ma vision se trouble, des tâches lumineuses envahissent ma rétine. Un choc violent m’écrase la mâchoire. Un goût de sang dans ma bouche…

Un souffle froid parcours ma peau. A nouveau cette sensation. Plus présente encore. Une lueur, bleue, apparaît dans les ténèbres de mon inconscience. Mon corps soudain s’allège. Je ne distingue plus le sol du ciel.
L’éclat bleue se précise, s’agrandit, ses formes se dessinent. Je plisse les yeux, la bouche entre-ouverte. Un corps. L’apparition se trace dans le néant. Elle devient translucide. D’elle émane une énergie colossale. Une énergie qui ne semble pas de notre temps…
Les traits d’un visage s’esquissent. Un Mer… Soudain, une décharge glaciale me traverse de part en part, une douleur d’une fugacité extrême. Ma vue s’éclaircit aussitôt, mes poumons se libèrent, absorbant un air frais et salvateur. J'inspire plusieurs fois avec avidité avant de lever les yeux sur l'énigmatique apparition.

Un Mer en armure elfe de l’ère Méréthique se tient devant moi, silencieux, observateur. Il incline la tête à droite, puis a gauche, se rapproche de mon visage comme s’il souhaitait examiner les tréfonds de mon âme, puis se redresse…

Je balbutie quelques mots « Qui..Qui êtes-vous ? »

Les sons de mes mots semblent se perdre dans une dimension qui les déforme, leur conférant une autre structure...une autre intonation…

Le Mer, avec prestance, esquisse un sourire satisfait.

« Toi. »

Je secoue la tête, hébétée. « Qu..Quoi ? »

« Bientôt, si tu le veux, tu pourras retourner à ta bataille...mais tu as besoin de mon aide. »

« Qu’est ce que ça signifie ? »

Grave. « Tu es mourante Oriyel. Ton escouade t’a désobéi….regarde... »

« Comment connaissez-vous mon ... »

D’un geste élégant, le Mer ouvre un cercle semblable à une fenêtre dans laquelle la réalité à lieu. J’écarquille les yeux, stupéfaite. Là, je vois l’ensemble de mon escouade me ramenant à Crins-de-sang alors que le combat fais rage sur les remparts. Je suis inconsciente devant Araennen qui chevauche en prenant garde à me maintenir en selle…

« Ils ont massacrés les gardes du Lion qui restaient, ton plan est un succès...Mais si tu meurs maintenant, ce sera un échec. » il fait un pause pour guetter mes réactions puis reprend. « Pas pour cette bataille non, le Domaine la gagnera...mais pour la guerre. »

Je secoue la tête. « Comment ma vie ou ma mort pourrait déterminer quoi que ce soit ? »

« Ce n’est pas toi, seule. C’est moi, et tout ce que nous pourrons accomplir. »joins ses doigts devant sa poitrine.

« Vous ne m’avez toujours pas dis qui vous êtes ! » d’un ton ferme.

Il prend une longue inspiration et me répond avec calme.

« Je suis l’esprit d’Elrundaar, dit le Seigneur Juste »

« Un seigneur Ayléide... » dans un souffle.

Écarte les mains. « Oui...Et toi, tu seras mon corps. »

« Qu..Comment ça ? Vous voulez me posséder ? » je me renfrogne, méfiante.

« Je ne serais qu’un invité, tu conserveras ton libre arbitre. »

« Mais qu’est ce que ça vous apporteras ? Pourquoi vouloir faire ça ? »

« J’ai besoin d’un hôte pour accomplir le dessein perdu des Ayléides...Certains de mes semblables étaient trop cruels, trop arrogants, trop suffisants pour comprendre qu’ils nous mèneraient tous à notre perte...Lors de la révolte des humains, certains Seigneurs tels que moi se rangèrent derrière Alessia, la reine esclave, afin de mettre fin à cette mascarade... » Il soupire. « Nous étions ses légitimes alliés...mais la justice des hommes n’avaient pas été consommée pour tous jusqu’à les rassasier… Ils ne voulaient pas la liberté et la paix mais la vengeance… Certains de mes semblables ont fuis, d’autres ont accepté leur destin, comme moi, et ont été exécutés... sommairement. »

« Pourquoi moi... ?»

Le Mer laisse glisser un rire d’entre ses dents.

« Parce que j’ai sentis une certaine ...compatibilité... »

Je secoue la tête, agacée de ses énigmes. « Je ne comprend rien, expliquez vous! »

« Tu en sais bien assez...Désormais, tu as le choix. Soit mourir en Cyrodiil, me condamner a errer sans pouvoir réaliser ce pourquoi je suis resté depuis si longtemps...a vagabonder dans ces landes...Soit, accepter ma présence dans chacune des fibres de ton corps, et te battre pour réaliser ce qu’au fond de toi tu attends depuis des années... »

Je reste silencieuse, le visage fermé, l'esprit assailli de questions.

« Je t’offre ma sagesse, mes connaissances, afin de réussir l’avènement d’un nouvel Ayleidoon... »

« Si j’accepte, qu’est ce qui changera ? » les sourcils froncés.

« Pas grand-chose... » réfléchis en levant les yeux au ciel « A part peut être que certains de mes traits de caractères pourraient déteindre sur toi, certaines façons de s’exprimer, certaines façon d’interagir avec le monde... Tu pourrais m’entendre a certains moments, comme une « petite voix » qui te guide... » tentant de me rassurer « Mais, tu peux avoir l’assurance que je ne me servirais pas de toi comme d’une marionnette, je suis Elrundaar le Juste, pas Elrundaar le manipulateur… Je laisse ce plaisir aux vils Daedras.. »prononce ce mot dernier mot avec dédain.

« Et si nous accomplissons cette quête, que le nouvel Ayleidoon naît ? »

Il s’éclaircit la voix et prend un air circonspect. « Eh bien...Je pourrais quitter ce plan mortel... »

« Et moi ? » du tac au tac.

Il m’observe avec une certaine compassion.« Tu m’accompagneras. »

« Dans tous les cas je suis destinée à mourir, c’est ça ?! » en colère.

« J’ai bien peur que oui... Maintenant ou plus tard...mais ton choix sera déterminant...»

« Comment avez vous la certitude que nous gagnerons la guerre ensemble ? »

Il sourit. « Je n’ai aucune certitude, mais de l’Espoir. Et c’est de l’Espoir que naissent les plus glorieux accomplissements. »

Il fait quelque pas sans me regarder « D’autre part, je pense que tu as toi-même besoin de trouver des réponses... » Il se tourne vers moi et me transperce de ses yeux glacés. « Toi même tu sais... »

Le silence se fait….la fenêtre sur Tamriel se referme progressivement…




...une inspiration...J’ouvre les paupières.




FIN

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